La Fête Nationale du Football
Ce fut vraiment une admirable journée pour le football. Jamais un tel succès n'avait été atteint pour un match entre clubs. Plus de 15.000 spectateurs garnissaient les gradins du Stade Pershing, tout ensoleillé, et une recette d'environ 95.000 fr. fut réalisée. Il n'y a que la seule recette du France Angleterre 1921 qui batte ce chiffre, tous les autres records sont battus. N'est-ce pas la plus éloquente preuve de l'impressionnant succès remporté par la plus populaire des compétitions d'équipes, tant en France qu'à l'étranger.
Tous ceux qui en furent les artisans étaient dans la tribune officielle, ravis. Auprès du docteur Michaux, donateur de l'objet d'art, on voyait M. Jules Rimet, président de la F.F.F.A.; M. Pochonnet, président de la Commission de la Coupe et grand animateur de cette épreuve magnifique; M. Folliard, vice-président de la F.F.F.A. et président de la Ligue de l'Ouest, dont le cœur battait pour le Stade Rennais, et M. Jevain, président de la Ligue de Paris, qui formait des vœux pour le Red Star, sans oublier M. Jean de Castellane, président d'honneur du même Red Star, qui ne cachait pas son contentement de voir ses favoris dominer la situation, tandis que M. Michel Misoffe assistait à la rencontre avec son habituel sourire désabusé, le Club Français n'étant pas en cause, on voyait aussi les dirigeants du Red Star et du Stade Rennais, tous les membres du Bureau fédéral, sauf M. Henri Jooris que la Coupe de France n'intéresse plus, etc., etc.; enfin la cheville ouvrière de cette impeccable organisation, le secrétaire général Delaunay qui, en contemplant la Coupe, songeait au regretté Charles Simon, fondateur du C.F.I., qui fut à l'origine du superbe succès du football en France, qui fut tué au Labyrinthe et dont la mémoire est perpétuée par l'inscription sur l'objet d'art de « Coupe Charles-Simon », qu'elle porta pendant les années douloureuses où nos provinces du Nord étaient envahies. Un gai soleil ne cessa de briller toute la journée. Les toilettes claires de nombreuses et gracieuses parisiennes à l'esprit sportif donnaient à la foule un air de fête. Quelques drapeaux — trop rares — flottaient au vent léger. La fanfare de l'Avenir de la Seine égrenait des notes d'allégresse. L'imposant service d'ordre se faisait bon enfant et laissait les spectateurs bien sages s'asseoir sur la pelouse. C'était dimanche sur le Stade. Il faisait fête pour la balle ronde.
Les contrôleurs et contrôleuses des tramways, même, favorisaient les amateurs de football en embarquant à la porte de Vincennes : « Les voya- geurs pour le Stade Pershing d'abord ! ». Allez donc nier après cela l'esprit sportif !
La classe a parlé
La meilleure équipe a gagné. Cela n'est pas dis- cutable. Le Red Star est d'une classe différente du Stade Rennais. Ses joueurs ont dans l'ensemble des qualités techniques nettement supérieures. Le « métier » de sa défense notamment lui permit de réduire à néant les très dangereuses offensives que les avants rennais conduisirent fréquemment avec une fougue qui fit notre admiration.
Ce fut cette défense impeccable qui gagna véritablement le match. Chayriguès arrêta plusieurs shots qui auraient sans doute battu tout autre gardien de but. La forme de Gamblin lui permit de donner à maintes reprises de l'air à son camp, sans oublier que Meyer le seconda efficacement quoique avec moins de brio.
Dès le coup d'envoi, qui échut au Red Star, ce fut la bataille ardente et rapide ; les Rennais essayèrent de forcer la défense parisienne, mais déjà la balle volait vers leurs buts et Berthelot sauvait d'un bel arrêt. De plus en plus pressants les Parisiens étaient très près de marquer. Berthelot se blessait lui-même en se jetant sur un poteau de ses buts, puis sur une intelligente ouverture de Hu gues les Bretons viennent menacer Chayriguès, qui met en corner. Pendant quelques minutes on croit à la victoire des rouges. Mais le Red Star rétablit la situation en sa faveur et c'est le superbe but shooté par Nicolas. C'est le signal d'un léger découragement chez les Rennais, qui ralentissent l'allure. La fin de la mi-temps arrive alors qu'ils réagissent de nouveau. Au cours de la seconde reprise les visiteurs se montrèrent plus actifs et dans le deuxième quart d'heure furent même réellement dangereux. Ils tentaient l'impossible pour égaliser. Vint le second but du Red Star qui termina une attaque au cours de laquelle au moins deux avants parisiens furent nettement hors jeu. Un centre parfait de Cordon, une tête de Sentubéry et Berthe'ot était battu. Il n'y avait plus que trois minutes de jeu, les Bretons essayèrent de sauver au moins l'honneur mais, malgré leur courage, n'y purent réussir, le coup de sifflet final les surprenant même devant leurs buts, alors que le Red Star les menaçait encore.
Ceux qui méritent une mention
Après les trois hommes de défense il faut citer au Red Star Bonnardel qui, comme demi-centre, effectua un travail énorme, et dans l'attaque Nicolas, trois fois supérieur à ce qu'il fut à Bordeaux, ainsi que Joyaut, footballeur de grande classe. A Rennes Hugues se dépensa sans compter, beaucoup plus actif que contre l'Espagne il montra qu'il est toujours le joueur consciencieux et ardent qui sait entraîner une équipe; enflammer l'attaque et soutenir la défense. Caballero avant centre fougeux mais imprécis, Bourdin ailier de grande valeur, Pierre Gastiger demi adroit et courageux, Berthelot gardien de but audacieux et habile à se placer; il fut bien aidé par Molles et Lenoble, arrières précieux mais lents.